Exhumé d’archives, écrit le 27/03/2007

Margarita Blue, un de mes bars-restaurants préférés de Barcelone. Nous venons de fêter avec Daniel sa despedida, son dîner de départ. Il vient de tout plaquer, son boulot de publicitaire, sa copine, son appartement, et décide de se consacrer désormais à des missions humanitaires. Il part au Darfour la semaine prochaine. J’admire son courage. Sa décision. Et je me sens bien inutile sur cette petite bleue. Il veut donner un sens à sa vie et il raison de le faire.

Sorti tard du travail, je ne les ai rejoints que vers minuit, sans dîner. Nous avons aligné les mojitos, les caïpirinhas, et grillé quelques paquets de cigarettes pendant que d’autres du groupe se passaient en cercle continu des joints sans fin. De l’afghan, ont-ils dit. Pas eu envie d’en goûter. Odeur âpre.
Je sors épuisé. Il est deux heures. La nuit ne fait que commencer pour beaucoup. J’ai sacrément faim, n’ai pas eu le temps de manger depuis la veille, et me dirige vers le bas des ramblas, à 200 mètres de là. Cette avenue insipide, haut lieu incontournable des touristes en mal de clichés, est toute glauque la nuit. Inondée de prostituées africaines : nigérianes, ghanéennes, angolaises, camerounaises. La misère. Exploitation humaine. Je marche en aspirant à plein nez l’air marin qui remonte depuis le Port Vell. Puis me décide à pénétrer dans un Maoz à l’angle des Ramblas avec une venelle improbable. Envie de falafels. Je commande, m’assois, allume ma cigarette, savoure le bruit de la première bouffée qui crépite, puis inhale à pleins poumons. Que c’est bon de fumer.
Un jeune homme me sourit d’un air interrogatif en indiquant mon paquet de cigarettes de l’index. Je ne refuse jamais une cigarette. Hospitalité marocaine disent certains ? Foutaises, l’hospitalité marocaine, elle en a rejeté plus d’un aux portes de Melilla. Non, juste envie de partager une clope. Je la lui allume et nous nous mettons à papoter. Tranquillement
Beaucoup de putes sur les ramblas ? Oui beaucoup. Trop, non ? Oui tu as raison trop. Ce n’est plus ce que c’était les ramblas ! Je ne sais pas, je suis là depuis 3 ans, je les ai toujours connues comme cela, les ramblas. Ah non, avant, c’était moins craignos, ahora es salvaje. De donde eres ? De Marruecos, et toi ? Du Soudan. Enchanté brother.
Dialogues.
On a fini nos falafels respectifs. Il m’offre un Coca.
Il s’appelle Mamadou, a 23 ans, vit en Espagne sans papiers depuis 5 ans. Il est dealer. De tout. De tout ce dont tu peux avoir besoin. Mais c’est soft, nada bestial, jamais embêté par la Guardia civil ni les Mossos. Menus trafics, DVDs, un peu de shit de temps à autres d’après ses dires.
Et nous parlons d’Afrique. Il est 4 heures. Je ne sens pas le temps passer.
On refait l’histoire, depuis la colonisation à aujourd’hui. On parle de Mandela et de Sekou Touré. De Bongo et de Senghor.
Puis il démarre.
Et mon sang se glace.
Froid. J’ai l’impression de le sentir couler dans mes veines pour la première fois.
Mamadou a pris les armes à l’âge de 15 ans. Il a tué. Beaucoup. Beaucoup tué. Sans savoir qui. Sans savoir où. Il a beaucoup été drogué. Il a tué. Il a éventré. J’hésite à le croire. Mais ses larmes se mettent à couler.
Et mon sang se glace.
Nous fumons.
Il continue.
Il a tué à la machette. Sous l’effet de psychotropes. Il était embrigadé sans savoir pour qui ni pourquoi il faisait la guerre. Ni où. Tout est confus, il ne se souvient plus des détails, tout se mélange entre ses cauchemars actuels et ses souvenirs.
Puis il devient blême et continue son récit.
Un jour, il ne sait plus quand, il s’est retrouvé dans un village. Lui et ses comparses y mettaient le feu et mitraillaient tout ce qui passait, tout ce qui était animé, poulets, enfants, chiens, hommes et femmes.
Puis il est entré fans une hutte.
Et là il est tombé à genoux. Sans voix.
Sa mère était devant lui.
Ensanglantée.
Un enfant décapité à ses côtés.
Il est resté immobile sans rien dire.
Puis il les a vus l’attacher, et lui couper les seins à la machette.
Pour que plus jamais elle ne puisse allaiter. Non, plus jamais.
Et mon sang se glace.
Il me dit qu’il a fui et couru 12 heures sans s’arrêter. N’a plus parlé pendant 4 jours, non, et il est resté dans un bois à boire de l’eau d’un ruisseau.
Puis a été accueilli par une famille dans un village.
Puis a marché vers le Nord. 6 mois à errer. Jusqu’à un matin de février 2002, il a alors débarqué sur une plage de Tarifa.
Africa ? Maldita Africa ! Il s’est levé puis est parti.
J’ai encore le sang glacé.

Have you ever pondered over the meaning a word can have depending on the language it is used in? I often do that. Not that I speak that many languages (I wish I could), just a few, and although I studied Latin in high school for only a bit lesser than two years, I still can’t help connecting words with its roots words, most generally in latin. What is perfectly defined in Arabic as masdar (المصدر).
And there is one very word that I hate or love (complementary feelings), depending on the language in which it is used. Retired in English, Retraité in French, Jubilado in Spanish, متقاعد in Arabic, בדימוס in hebrew, and what would be (if I do not recall too wrongly) secessit in Latin.

In all these languages, it simply means … retired. From life, active life, ready for the recycle bin. Discarded. Isolated. Pushed aside. Removed. Useless. Expiry date exceeded.

And I hate this idiomatic treatment we grant to the (and sometimes not so much) elderly people.

With an exception though. I love the word we use in Spanish. Jubilado. At first glance this is the same meaning, yes, retired. But the word Jubilado has a Latin and Hebrew origin that brings to the concept a second life, a happier one.

In Latin, this comes from the verb iubilare, which could be understood as to yell out of happiness. Which led to the word Jubilant in English. Jubilatoire in French. In Hebrew this comes from Moses Law, where after the age of 49 (7 times 7) a celebration was held (the yobel) to give a tribute, think, meditate and return to the real essence of life but through joy and happiness. Happiness for what has been achieved so far and for what comes next.

Different language, different perception. I would rather retire in a Spanish speaking country.

I used to have a blog.

Several ones to be more accurate. Under my name, another one under my nickname (Label ASH), another one for my photos, one Food Blog for my own revisited recipes (yep, I am a gourmet gourmand). Time consuming? Yes, too much.

I simply ran out of time to keep doing so, even if I thought that 4 hours sleep at night were fair enough. So wrong. So untrue.

And since I did not feel I was doing it for my own pleasure anymore but for the sake of keeping these blogs alive only, I decided to stop. Stop and focus on the real world. On my loved ones, my life, my passions, my job.

And then, all of a sudden, I miss it.

I miss publishing my thoughts, my discoveries as an Internet wanderer. I miss sharing this online.

No matter who will read this, no matter the frequency of my posts, I feel it is time to get back to it.

Time to take off again.

And to post. Every once in a while.

In English, In French, In Spanish. ‘Cause I love words.